La ronce : une plante sauvage, défensive et thérapeutique

Présente dans nos sous-bois, le long des chemins ou grimpante sur les haies, la ronce est souvent redoutée pour ses tiges épineuses et envahissantes. Considérée par certains comme une simple plante invasive, elle cache pourtant des bienfaits insoupçonnés. Derrière son allure défensive se dissimulent de nombreuses vertus thérapeutiques. Feuilles, racines et fruits offrent une palette de trésors pour la santé, utilisés depuis des siècles en phytothérapie. Je vous propose de découvrir, dès maintenant, un article complet sur cette plante sauvage aux multiples facettes, alliant protection, abri naturel et remèdes bienfaisants.

Histoire de la ronce

L’histoire de la ronce remonte à l’Antiquité. Cette plante sauvage accompagne les civilisations depuis des millénaires.

Les Grecs et les Romains connaissaient bien les propriétés médicinales de la ronce. Ainsi, le philosophe grec Théophraste recommande ses premières indications, pour stopper les saignements et la diarrhée. Hippocrate et Dioscoride la recommandaient aussi, pour traiter les affections de la gorge et les plaies.

Dans la mythologie, la ronce symbolisait également, la protection et la résilience. On pensait qu’elle pouvait éloigner les esprits maléfiques, et certaines croyances conseillaient de passer sous une arche de ronces sauvages pour se purifier.

« Mangez, avant la fin du repas, des mûres noires, cueillies sur l’arbuste avant que le soleil ne soit trop chaud, c’est le moyen le plus sûr de passer l’été sans être malade. » Horace

Au Moyen-Âge, la ronce est largement employée en médecine populaire. Hildegarde de Bingen utilisait les mûres pour se fortifier. Elle vantait également les propriétés antihémorragiques des feuilles.

Enfin, avec l’essor de la phytothérapie au XIXe siècle, les vertus médicinales de la ronce sont mieux étudiées. On confirme ses propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires et antioxydantes, en particulier grâce à ses tanins et flavonoïdes. Jean François Cazin, le dernier médecin à soigner les plus pauvres avec des plantes locales, recommandait l’écorce de la racine contre les diarrhées atoniques, mais aussi les diverses inflammations de l’intestin.

Au-delà de ses bienfaits, la ronce joue aussi un rôle écologique crucial. Elle abrite une riche biodiversité, protège les sols de l’érosion et offre nourriture et abri à de nombreuses espèces animales.

De nos jours, la plante est peu utilisée. Par contre, son écorce continue d’être utilisée en vannerie.

la ronce pour la vannerie
La ronce est idéale en vannerie sauvage : facile à trouver, abondante, solide et de longues tiges aux diamètres variables.

Un peu de botanique

Son nom scientifique est Rubus spp L.

Elle appartient à la famille des Rosacées.

La ronce se nomme aussi mûrier sauvage.

La ronce est un sous-arbrisseau à port sarmenteux, mesurant de 50 centimètres à 2 mètres de hauteur. Elle est vivace par ses racines.

La plante forme des tiges bien dressées qui s’arquent et rejoignent le sol la deuxième année. Puis, elles s’enracinent par marcottage. Ainsi, elles colonisent rapidement la zone où elles se trouvent, par de nouvelles tiges.

La ronce à l'état sauvage
Comme vous pouvez le deviner, la ronce est très envahissante !

Le genre « Rubus » comprend de nombreuses espèces et sous-espèces, dont :

  • Le framboisier (rubus idaeus) ;
  • La ronce bleue (rubus caesius) ;
  • La ronce des rochers (rubus saxatilis) ;
  • La ronce naine ou des tourbières (rubus chamaemorus) ;
  • La ronce arctique (rubus arcticus) ;
  • Etc.

L’identification de ces différentes espèces reste néanmoins compliquée ! Attention, à ne pas les confondre avec les mûriers fruitiers, de grands arbres, dont le genre est « Morus ».

Dans quel environnement trouve-t-on la ronce ?

La ronce est originaire d’Europe et d’Asie, mais on la rencontre dans la plupart des régions tempérées du Monde. Très commune, vous la trouverez souvent dans les haies, les lisières forestières ou les friches. Elle se développe partout !

Reconnaître les feuilles de ronce

Les feuilles vertes et luisantes
Les feuilles de ronce sont coriaces et résistantes, avec une nervure bien visible.

Les feuilles rugueuses, dentées et alternes sont composées de 3 ou 5 folioles sur le même pied. Chaque feuille est de couleur vert foncé brillant sur le dessus, mais duveteuse et blanchâtre sur le dessous. La nervure médiane et le pétiole portent aussi de fines épines.

Reconnaître les tiges de ronce

Tige épineuse
Ces épines sont utiles pour s’accrocher en hauteur, à la recherche de lumière.

Les tiges sont longues, flexibles et munies d’aiguillons acérés, pouvant atteindre jusqu’à 6 mètres. Les épines ne sont pas toxiques, mais font très mal 😊. La première année, la tige est relativement souple et commence à se durcir durant la seconde année. Ainsi, les nombreux rameaux se renouvellent constamment.

Reconnaître les fleurs de ronce

Ronce en fleurs
Les fleurs de ronce sont très mellifères et prometteuses d’une future récolte gourmande.

Les fleurs sont blanches ou roses pâles, de 2 à 3 cm de diamètre. Elles sont également regroupées en grappes terminales. Comme toutes les rosacées, elles comportent 5 sépales, 5 pétales et de nombreuses étamines. La floraison s’étale sur plusieurs mois, entre mai et septembre, sur les rameaux de l’année précédente.

Reconnaître les fruits de ronce

Des mûres vertes, rouges et noires
Le fruit de la ronce s’appelle aussi mûre sauvage ou mûron.

La fructification se produit donc, sur les rameaux de 2 ans. Les fruits de la ronce se nomment les mûres. Elles sont constituées d’un agglomérat de petites drupes (les drupéoles) noires et charnues, qui sont gorgées d’un jus noir-violacé et sucré. Ainsi, chaque drupe contient une graine. Avant de se colorer en noire, la mûre est d’abord verte, puis rouge. Enfin, elles se récoltent à maturité, en fin d’été (août-septembre).

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La culture de la ronce

La plupart des variétés de ronce que vous trouverez chez les pépiniéristes, ne présentent peu, voire aucune épine, au contraire de la ronce sauvage.

Cette plante est robuste et s’adapte à divers environnements.

Tout d’abord, privilégiez une zone ensoleillée ou mi-ombragée. La ronce pousse naturellement en lisière de forêts et sur les talus. Elle s’adapte à de nombreux types de sols, mais préfère un sol léger, frais et riche en humus. Elle est également rustique et résistante à la sécheresse.

La ronce se multiplie par :

Marcottage : enterrez une tige encore attachée à la plante mère ; elle développera ainsi des racines et pourra être séparée après quelques mois.

Bouturage : coupez un rameau et placez-le dans une terre humide, afin de favoriser l’enracinement.

Attention, les ronces ont une croissance rapide et peuvent vite devenir envahissantes. Taillez régulièrement les nouvelles pousses dès le printemps !

Quelles parties de la ronce sont utilisées ?

Presque toutes les parties de la plante peuvent être utilisées : feuilles, racines et fruits. Chacune à un intérêt tout au long de l’année ! C’est tout particulièrement la feuille que vous trouverez en herboristerie.

La saveur des feuilles et des racines est astringente et âpre.

feuilles de ronce sèches
Vous pouvez stocker les feuilles séchées entières.

Comment faire sécher les feuilles de ronce ?

L’odeur des feuilles récemment séchées est agréable. Cueillez-les, de préférence, avant le début de la floraison, car c’est à ce moment-là qu’elles sont le plus riche en principes actifs. Mais vous pouvez tout de même, les ramasser toute l’année, selon vos besoins.

Avant de partir en cueillette, équipez-vous de bons gants, pour faire face aux épines. Récoltez les feuilles par temps sec, de préférence le matin après la rosée. Secouez-les pour enlever la poussière et les éventuels insectes, mais évitez de les laver pour préserver leurs arômes.

Étalez les feuilles à plat, sans qu’elles se superposent, sur un torchon ou une grille. Ensuite, entreposez-les dans un endroit sec, chaud et bien ventilé, à l’abri direct du soleil. Retournez-les régulièrement. Pour savoir si elles sont bien sèches, elles doivent s’effriter entre les doigts. Enfin, conservez-les dans un bocal hermétique ou des sacs en papier, loin de la lumière et de l’humidité.

Les principes majeurs

Les principaux constituants de la ronce se retrouvent dans toutes les parties de la plante. Découvrons notamment, les actifs des feuilles de ronce :

  • Tanins hydrolysables (gallotanins et ellagitanins) 8 à 14 % ;
  • Acides organiques (acide citrique, acide isocitrique) ;
  • Tanins condensés : proanthocyanes ;
  • Flavonoïdes ;
  • Acides triterpéniques pentacycliques ;
  • Vitamine C ;
  • Sels minéraux et oligoéléments (fer, calcium, magnésium, potassium, cuivre et manganèse).

Quant aux fruits, ils contiennent également :

  • Anthocyanes : des flavonoïdes présents dans les baies ;
  • Lignanes ;
  • Pectine ;
  • Vitamines A, B, C et E.
Fruits arrivant à maturité
Les mûres ont une action antioxydante qui permet de protéger les cellules contre le stress oxydatif.

Quels sont les bienfaits et les utilisations de la ronce ?

Toute la plante est utilisée pour ses propriétés astringentes. C’est donc un remède populaire pour soigner les angines, les stomatites, les gingivites, les pharyngites, les aphtes et les muqueuses boursouflées.

La ronce est également :

  • Antidiarrhéique : grâce à sa richesse en tanins. Pensez à alterner la ronce avec une autre plante mucilagineuse, comme la mauve (Malva sylvestris), afin de calmer et adoucir l’inflammation de l’intestin.
  • Antibactérienne (1) : les baies sont aussi efficaces que les feuilles, grâce à la présence des tanins hydrolysables et des tanins condensés.
  • Anti-inflammatoire : combat les états inflammatoires.
  • Hémostatique : stoppe les hémorragies dans les cas de métrorragies, d’hématuries, etc.
  • Diurétique : augmente la diurèse. Utile dans les cas de lithiase urinaire, mais aussi d’oligurie, etc.
  • Protectrice capillaire et vasoconstrictrice : les anthocyanes sont des pigments protecteurs du système cardiovasculaire. Soulage les varicosités, les hémorroïdes, etc.
  • Tonique veineux : les proanthocyanidines sont connus pour être favorable au retour veineux.
  • Cicatrisante : nettoyage et cicatrisation des blessures.
  • Hypoglycémiant (2) : diminue le taux de glucose dans le sang.
  • Antioxydant.
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Ses différentes formes galéniques

La ronce est à privilégier sous sa forme aqueuse. La décoction est la plus répandue, en usage interne comme externe.

Par voie interne

  • Décoction pour les bains de bouche, les gargarismes (inflammations de la gorge et de la bouche, aphtes, …), les troubles intestinaux, etc.

→ Utilisez 40 g de feuilles sèches, pour 1 litre d’eau. Faites bouillir 2 minutes, puis laissez infuser 15 minutes. Filtrez soigneusement. Ensuite, boire entre 2 à 3 tasses par jour, avant les repas.

Décoction de feuilles de ronce
Les feuilles de ronce séchées ont souvent été employées comme une substitution au thé noir.
  • Le sirop de mûres est connu pour soulager les muqueuses respiratoires et les maux de gorge.
  • Teinture de feuilles sèches : 40 à 60 gouttes dans un peu d’eau.

En application externe

  • La décoction en compresses : pour les hémorroïdes, les plaies et les ulcères.
  • En bain de siège : également pour les hémorroïdes.

→ La ronce est utilisée en gemmothérapie pour protéger l’os (fractures, ostéoporose, …) et stimuler l’ossification. Elle régénère aussi les tissus lors d’insuffisance respiratoire.

Les associations possibles avec la ronce

Les feuilles de ronce peuvent être associées à d’autres plantes pour en renforcer les bienfaits.

  • Pour les maux de gorge et les inflammations buccales, ajoutez de la sauge (Salvia officinalis), du thym (Thymus vulgaris) ou de la mauve (Malva sylvestris).
  • Pour les troubles digestifs, associez-la avec la camomille matricaire (Matricaria chamomilla), ou encore de la mélisse (Melissa officinalis).
  • Pour la circulation sanguine, mélangez avec de la vigne rouge (Vitis vinifera), de l’achillée millefeuille (Achillea millefolium) ou des feuilles de framboisier (Rubus idaeus).
Achillée millefeuille
L’achillée millefeuille améliore la circulation sanguine et soulage les troubles veineux, comme les varices.
  • Pour une infusion revitalisante et antioxydante, associez de l’hibiscus (Hibiscus) ou des baies de sureau noir (Sambucus nigra).

Recette du thé de ronce rafraîchissant :

30 % de feuilles de ronce + 30 % d’aspérule odorante (Galium odoratum) + 30 % de fraisier (Fragaria) + 10 % de menthe poivrée (Mentha x piperita).

Comment cuisiner la ronce ?

La ronce est une plante comestible ! Vous connaissez tous, la confiture de mûres 😉. Les fruits sont nutritifs et gourmands. Ils se consomment aussi en : gelée, sorbet, pâte de fruits, crème, etc. Préférez quand même les manger crus, pour profiter pleinement de toutes ses vitamines et minéraux.

Il existe aussi la fermentation avec le vinaigre et le vin de mûres. Sans oublier la liqueur de mûres !

Vous pouvez ajouter les pétales de fleurs dans vos salades, ainsi que les jeunes pousses tendres de l’année. Ces dernières peuvent également être cuisinées comme des légumes : soupe, gratin ou encore omelette. Pour les consommer, retirez les épines et la peau, à l’aide d’un couteau. Faites-les blanchir quelques minutes, pour les attendrir. Et si vous essayiez de les consommer comme des asperges avec une bonne vinaigrette 😉 ?

Fleurs de ronce en salade
Égayez vos salades avec les pétales de fleurs de ronce !

Contre-indications

La ronce est très bien tolérée, mais nécessite tout de même quelques précautions :

  • Consommez-la loin des repas et de la prise de médicaments ou de compléments alimentaires. Les tanins qu’elle contient peuvent limiter l’absorption des nutriments et des substances actives.
  • Soyez prudent si vous prenez des médicaments hypoglycémiants.
  • Par précaution, évitez de l’utiliser chez la femme enceinte et allaitante.

En conclusion

La ronce est bien plus qu’une simple plante envahissante aux tiges épineuses. Elle révèle une richesse insoupçonnée sur le plan thérapeutique. Son caractère défensif, symbolisé par ses redoutables épines, protège un trésor de remèdes naturels. En réapprenant à l’observer et à l’utiliser, nous renouons donc, avec un savoir ancestral précieux.

Est-ce que vous connaissiez tous ses bienfaits médicinaux ?

🚨 Cet article n’a pas pour but de remplacer un avis médical ! En cas de doute sur votre santé ou de symptômes persistants, consultez un professionnel de santé.

Références

(1) Silvia Martini, Claudia D’Addario, Andréa Colacevich, Silvia Focardi – « Activité antimicrobienne contre les souches d’Helicobacter pylori et propriétés antioxydantes des feuilles de mûrier (Rubus ulmifolius) et des composés isolés» – Journal international des agents antimicrobiens – Mai 2009 ; 34 (1) : 50 – 59

(2) Jouad H, Maghrani M, Eddouks M – « Effet hypoglycémiant de Rubus fructicosis L. et de Globularia alypum L. chez des rats diabétiques normaux et induits par la streptozotocine » – J Ethnopharmacol – Août 2002 ; 81 (3) : 351 – 6

  • https://www.wikiphyto.org/wiki/ronce
  • « Ronce » – Claudine Luu et Annie Fournier – 300 plantes médicinales de France et d’ailleurs – Éditions Terre vivante, 2020
  • « Ronce » – Gérard Debuigne et François Couplan – Le petit Larousse des plantes qui guérissent – Éditions Larousse, 2013
  • « Mûrier sauvage » – Dr Jean Valnet – La phytothérapie, se soigner par les plantes – Éditions Vigot, 2001
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2 commentaires

  1. carole a dit :

    super article très complet ! J’imagine le travail et le temps que cela doit vous prendre …

    1. Merci beaucoup Carole 😊 ! En effet, mes articles prennent du temps, mais j’aime traiter mes sujets avec précision et surtout les rendre compréhensibles pour chacun.

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