Modeste et discrète, la pâquerette égaye nos jardins et nos prairies dès les premiers jours du printemps. Derrière son apparence délicate, se cache pourtant une plante aux précieuses vertus thérapeutiques. Réputée pour ses propriétés cicatrisantes, anti-inflammatoires et dépuratives, elle était autrefois un remède prisé en médecine traditionnelle. De nos jours, il semble que la pâquerette soit un peu oubliée. Et pourtant, elle mérite grandement d’être redécouverte, pour son accessibilité et sa douceur naturelle. Explorons ensemble les secrets de cette petite fleur aux multiples ressources thérapeutique, et même culinaire !
Histoire de la pâquerette
Curieusement, la pâquerette est presque passée inaperçue auprès des médecins de l’Antiquité et du Moyen-âge.
Ses vertus thérapeutiques apparaissent dans les traités de médecine à la Renaissance. Matthioli, un médecin et botaniste italien, lui attribue des propriétés contre les fractures du crâne, les plaies du thorax, la sciatique, la paralysie, la constipation, les inflammations buccales et génitales, ou encore les contusions. On peut dire qu’elle servait un peu à tout et à rien !
Durant le 16 ème siècle, la pâquerette était aussi utilisée pour nettoyer le sang, dès le printemps.
Nos anciens, dans les campagnes, l’utilisaient pour soigner les plaies, les chutes et les coups, aussi bien en usage interne qu’externe.
C’est bien plus tard que l’homéopathie lui donne ses lettres de noblesse.

Un peu de botanique…
Son nom latin est Bellis perennis.
Elle appartient à la famille des astéracées.
La pâquerette se nomme aussi : fleur de Pâques, petite marguerite ou encore, fleur de pâturage. Le nom « pâquerette » vient du mot « Pâques », car cette petite fleur fleurit abondamment au début du printemps, qui coïncide avec cette fête chrétienne.
Son nom latin « Bellis » signifie « toujours belle » et « perennis » signifie « pérenne », car elle fleurit quasiment toute l’année.
C’est une petite plante poussant en rosette et pouvant atteindre 4 à 20 cm de hauteur dès la floraison. Elle est vivace grâce à la multiplication de ses stolons.
Le genre comprend 15 espèces. « Bellis perennis Pomponnette » est l’une des espèces les plus courantes. Préférez tout de même la pâquerette sauvage pour ses propriétés médicinales.

→ Savez-vous d’où vient l’expression « au ras des pâquerettes » ?
C’est une métaphore qui signifie que quelque chose est d’un niveau très bas, que ce soit en termes de qualité, d’intelligence ou d’intérêt. Elle fait référence à la petite taille des pâquerettes, qui poussent très près du sol. Ainsi, cette analogie est perçue comme étant simpliste ou médiocre. On l’utilise souvent pour qualifier un raisonnement peu élaboré, une discussion superficielle ou un contenu intellectuel pauvre.
Où pousse la pâquerette ?
La pâquerette est une plante rustique et très commune en Europe. Ainsi, vous la trouverez très facilement dans les près, les pelouses, les talus et les bords de chemin. Elle apprécie le soleil ou la mi-ombre et tout type de sol. De plus, elle est très résistante, car elle renaît, même après nos nombreux piétinements et passages de tontes.
Reconnaître les feuilles de la pâquerette ?
Ses petites feuilles sont regroupées en rosette et sont très proche du sol. Elles sont grossièrement dentées, en forme de spatule, ovales et oblongues avec une partie plus large en haut.

Reconnaître les fleurs de la pâquerette ?
La fleur est un capitule unique au sommet de sa tige pubescente. Son inflorescence est formée au centre d’une multitude de fleurs tubulées jaunes, puis de nombreuses ligules en périphérie. Ces dernières sont étroites, blanches et teintées de rose pourpré à l’extrémité. Enfin, 5 étamines sont soudées en tube par les anthères.
Sa floraison apparaît rapidement dès le mois de mars et peut durer jusqu’au mois de novembre. Elle fleurit donc, une bonne partie de l’année.

Reconnaître les fruits de la pâquerette ?
Le fruit est un petit akène velu, ovale et fortement marginé (muni d’un bord).
La culture de la pâquerette
Et oui ! Même la pâquerette se cultive ! Alors, si vous n’avez pas la chance d’en avoir dans votre jardin, suivez le mode d’emploi 😉
La culture de cette plante est vraiment simple. Elle est rustique et pousse facilement dans divers environnements. Ainsi, le froid et les gelées ne lui font pas peur ! Ses nombreux cultivars sont un plaisir pour les yeux.
Commencez par choisir un bon emplacement au soleil ou à mi-ombre et un sol plutôt bien drainé et riche en humus. Semez les graines au printemps (mars-avril) ou en fin d’été (août-septembre). Effectuez un semis à la volée ou en lignes. Ensuite, recouvrez légèrement de terre et arrosez en pluie fine.
Si vous ne souhaitez pas semer, vous trouverez dans les jardineries et chez les pépiniéristes, des plants prêts à s’installer dans vos massifs.
Une fois bien établie, la pâquerette sauvage se ressème rapidement et abondamment. Elle est peu sensible aux maladies.
Pensez à couper les fleurs fanées, afin que la plante ne s’épuise pas à produire des graines. À moins que votre souhait et de créer une prairie fleurie 😊.

→ Attention à ne pas confondre la pâquerette avec la marguerite ! Elles se ressemblent mais sont bien distinctes. La pâquerette est petite et proche du sol, tandis que la marguerite est grande avec de longues tiges. Mais toutes deux font partie de la famille des Astéracées !
Quelles parties de la pâquerette sont utilisées en phytothérapie ?
Les feuilles et les fleurs sont récoltées presque toute l’année. La saveur de l’infusion est douce et très légèrement amère.
Comment faire sécher les fleurs de pâquerette ?
Faire sécher les fleurs de pâquerette permet de conserver leurs propriétés médicinales pour une utilisation ultérieure.
Tout d’abord, cueillez-les par temps sec et après la rosée matinale. Privilégiez des fleurs saines, sans taches, ni signes de détérioration.
La méthode de séchage traditionnelle à l’air libre consiste à :
- Étaler les fleurs en une seule couche sur un plateau, une grille, ou même un tissu propre. Ne pas les laver !
- Placez-les dans un endroit sec, à l’abri des rayons directs du soleil et bien ventilé.
- Retournez-les régulièrement.
► Si vous souhaitez une méthode plus rapide, essayez le déshydrateur, mais toujours à température basse. Disposez les fleurs sur les plateaux et réglez à 35 °C – 40 °C, pendant de nombreuses heures.
Les fleurs sont sèches lorsque le cœur craque et s’effrite sous vos doigts. La pâquerette est une plante mucilagineuse. Elle est donc sensible à l’humidité. Ainsi, faites attention de bien les conserver. Stockez les fleurs séchées dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité.

Les principes actifs majeurs
La pâquerette est riche en substances actives :
- Saponosides triterpéniques ;
- Composés amers ;
- Acides organiques : acides malique, acétique, tartrique, oxalique, etc. ;
- Huile essentielle : polyacétylènes ; un composé également présent dans l’échinacée et l’arnica, aux propriétés antibactériennes et anti-inflammatoires (1) ;
- Tanins ;
- Flavonoïdes ;
- Mucilages ;
- Inuline ;
- Vitamines et sels minéraux ;
- Anthoxanthine : un pigment colorant jaune.

Quels sont les bienfaits et les utilisations de la pâquerette ?
La pâquerette est une plante très peu utilisée en phytothérapie. Ce qui est dommage, car elle est à portée de main et peut faire beaucoup de choses 😉 !
- Dépurative douce : aide les émonctoires à évacuer les toxines qui endommagent la peau et le corps ;
- Stimulant général ;
- Diurétique : augmente la diurèse et soulage l’œdème généralisé, les affections rhumatismales et la lithiase urinaire ;
- Laxative légère ;
- Sudorifique et fébrifuge : augmente la sudation et combat la fièvre ;
- Expectorante et adoucissante des voies respiratoires et des bronches (asthme, bronchite, laryngite, etc.) ;
- Anti-inflammatoire : apaise les problèmes chroniques cutanés (eczéma, acné, psoriasis et couperose), mais aussi les entorses et les mastites ;
- Tonique des tissus et raffermissante ;
- Anti-hématome : agit sur les ecchymoses, les coups, les bosses, etc. ;
- Antibactérienne et cicatrisante : désinfecte et répare les blessures.

Ses différentes formes galéniques
La pâquerette est très polyvalente en phytothérapie. Elle peut être utilisée sous plusieurs formes galéniques, en fonction de l’usage recherché (interne ou externe).
Par voie interne
- L’infusion de fleurs séchées : 1 cuillère à café pour une tasse d’eau bouillante. Laissez infuser 10 minutes. Puis, consommez jusqu’à 3 tasses par jour entre les repas, selon le Dr Jean Valnet. L’infusion agit sur les rhumatismes, la goutte, les convulsions enfantines, et toutes les maladies concernant le foie, la poitrine, les reins et la vessie.
- Teinture de fleurs fraîches ou sèches : 20 gouttes dans un peu d’eau, 2 à 3 fois par jour. Employée sur les maux de tête, les chutes et les coups.
→ La pâquerette est très utilisée en homéopathie. C’est un remède populaire contre les traumatismes avec hématomes douloureux, les congestions mammaires, les varices douloureuses, la dilatation veineuse, les courbatures abdominales après un effort. Elle agit également sur les maux de tête avec vertige ou le surmenage physique.

En application externe
- Macérat huileux de fleurs sèches : lutte contre l’eczéma prurigineux, le vitiligo, les coups, les bleus, les dermatoses, les abcès, les furonculoses, l’engorgement des seins (mastose), ainsi que le relâchement cutané des tissus. À renouveler plusieurs fois en application locale.
→ En massage raffermissant et tonifiant sur la poitrine, le cou, mais aussi toutes les zones relâchées du corps.
- Teinture de fleurs fraîches ou sèches : 60 gouttes dans un peu d’eau bouillante, selon le Dr Jean Valnet. Appliquez en compresse tiède, pour nettoyer et soigner les coups et les blessures.
- En cataplasme de fleurs fraîches : pilez quelques fleurs et déposez-les sur les contusions, les coups, les ecchymoses, et même les entorses. À renouveler dès que nécessaire !
- Décoction : 40 g de plante pour 1 litre d’eau. Commencez par faire bouillir 3 minutes. Puis, laissez infuser 10 minutes. Ensuite, déposez localement en compresse sur les traumatismes et les contusions. Vous pouvez aussi utiliser un coton chaque jour pour nettoyer la peau. Ainsi, vous lui redonnez éclat et vitalité. Également, soulagez les inflammations buccales et les aphtes avec un bain de bouche.
La pâquerette en cuisine
La pâquerette est une plante comestible ! Les fleurs et les feuilles sont riches en potassium, calcium, magnésium, phosphore, fer, vitamine A et protéines. Aussi, elle aide à fixer le calcium dans l’organisme.
Les feuilles se mangent en salade. L’odeur est légère. La saveur est légèrement piquante et amère. Elles peuvent également être cuites, à la manière des épinards ou ajoutées à un pesto ou à une soupe.
Les fleurs peuvent également être ajoutées à vos crudités, mais aussi faire un sirop floral, des beignets, ou même un vinaigre médicinal.
Les boutons floraux peuvent être consommés crus ou conservés au vinaigre, comme des câpres.

Contre-indications
La plante est très bien tolérée !
En conclusion
À la fois délicate et résistante, la pâquerette prouve que les plus petites fleurs peuvent renfermer de grands bienfaits. Longtemps utilisée en médecine traditionnelle pour ses propriétés anti-inflammatoires et dépuratives, elle continue aujourd’hui de séduire les amateurs de soins naturels et de cuisine sauvage. Présente partout et pourtant souvent ignorée, cette fleur modeste mérite amplement sa place dans notre pharmacopée naturelle. La prochaine fois que vous croiserez une pâquerette, souvenez-vous qu’elle n’est pas seulement jolie : elle est aussi une alliée précieuse pour votre santé !
Aviez-vous déjà connaissance de tous les bienfaits médicinaux de la pâquerette ?
🚨 Cet article n’a pas pour but de remplacer un avis médical ! En cas de doute sur votre santé ou de symptômes persistants, consultez un professionnel de santé.
Références
(1) P Avato, C Vitali, P Mongelli, A Tava – « Activité antimicrobienne des polyacétylènes de Bellis perennis et de leurs dérivés synthétiques » – Planta Med – Décembre 1997 ; 63 (6) : 503 – 7
- « Pâquerette » – Claudine Luu et Annie Fournier – 300 plantes médicinales de France et d’ailleurs – Éditions Terre vivante, 2020
- « Pâquerette » – Gérard Debuigne et François Couplan – Le petit Larousse des plantes qui guérissent – Éditions Larousse, 2013
- « Pâquerette » – Dr Jean Valnet – La phytothérapie, se soigner par les plantes – Éditions Vigot, 2001

