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Zoom sur la consoude : du jardin à l’onguent

Et si la nature avait gardé dans ses recoins les plus humides, une plante aux pouvoirs insoupçonnés ? La consoude est une médicinale aux mille ressources. Utilisée depuis l’Antiquité pour soigner les plaies et régénérer les tissus, elle retrouve aujourd’hui sa place dans les jardins de plantes médicinales et les pharmacies de soins naturels. Elle dévoile une richesse de principes actifs exceptionnels. Mais la consoude n’est pas qu’un remède ancien ! Elle se prête à une multitude de préparations galéniques modernes, en particulier sous forme de macérat huileux ou d’onguent, des soins remarquables pour la peau et les muscles. De la terre où elle pousse, à l’onguent que l’on applique, la consoude mérite qu’on s’y attarde.

 

Histoire de la consoude

Les bienfaits de la consoude remontent à l’Antiquité (comme la plupart des plantes médicinales !). Très prisée par les médecins de la Grèce antique, tels que Dioscoride et Galien. Ces derniers la décrivent comme vulnéraire et hémostatique.

Au Moyen-âge, Hildegarde de Bingen la mentionne et la préconise en cas de membres fracturés, mais aussi en cas d’ulcères et de plaies infectés. La réputation de la consoude se transmet aux médecins botanistes du 16ème siècle. Paracelse, médecin et alchimiste, dit d’elle que : « Tout ce que ronge le sel est guéri par la consoude ». Sans surprise, elle faisait partie de l’arsenal des plantes des monastères et était utilisée pour soulager les entorses, les plaies et les inflammations.

Fernel, médecin humaniste de la Renaissance, la conseillait aux chirurgiens, afin de soigner les traumatismes avec fractures. Ainsi, son avis fut très longtemps suivi.

Bien plus tard, Henri Leclerc, médecin et spécialiste des plantes médicinales, l’employait contre la tuberculose et l’ulcère d’estomac.

Dès le début du 20ème siècle, l’allantoïne contenue dans la consoude est identifiée comme la substance responsable de ses propriétés cicatrisantes. Par ailleurs, la consoude a fait l’objet de nombreuses études scientifiques.

Consoude dans son habitat
Elle est décrite pour la première fois par le médecin et botaniste grec Dioscoride, au 1er siècle.

 

Un peu de botanique…

Son nom latin est « Symphytum officinalis ».

Elle appartient à la famille des Boraginacées.

Elle se nomme également : grande consoude, herbe à la coupure, oreilles d’âne ou encore langue de vache.

C’est une plante vivace et vigoureuse, à racine pivotante très profonde, ce qui lui permet de puiser les nutriments du sol en profondeur. Les racines peuvent atteindre 1. 50 à 2 mètres. La plante est recouverte de poils raides, lui donnant un aspect rugueux.

L’étymologie de son nom provient du latin « consolidare », signifiant « consolider » ou « affermir », une allusion directe à sa capacité à cicatriser les plaies et à consolider des fractures.

Le genre de la plante comprend une trentaine d’espèces.

 

Attention, à ne pas confondre la consoude et la digitale (Digitalis) ! Les feuilles de digitale sont très toxiques. Les feuilles peuvent être confondus avec celles de la consoude, avant l’apparition de la tige et des fleurs. Elles sont très ressemblantes. La seule solution à ce stade est de les toucher. Les feuilles de consoude ont des poils rêches, au contraire de la digitale qui sont douces.

Digitale pourpre toxique
Il est très important de savoir distinguer la digitale de la consoude avant la floraison !

Où pousse la consoude ?

La consoude est présente dans une grande partie de l’Europe. Elle est assez commune en France, même si elle est moins fréquente dans le Sud. Vous la trouverez naturellement dans les fossés, près des rivières, dans les prairies humides et les marais. Bref, elle apprécie les sols riches, profonds et humides.

Reconnaitre les feuilles de consoude

Les feuilles de consoude sont grandes, larges, rêches au toucher et se terminent en pointes. Elles se prolongent tout le long de la tige épaisse, donnant un aspect ailé. Les tiges se ramifient à la base.

Les feuilles vertes
La consoude est très présente dans de nombreux jardins en permaculture, mais aussi à l’état sauvage !

Reconnaitre les fleurs de consoude

Composées de 5 pétales soudés, les fleurs forment une cloche pendant vers le bas, en grappes terminales. Elles sont de couleur violet-pourpre, roses, et même blanches. La floraison apparaît d’avril à juillet. Les fleurs sont très mellifères.

Fleurs de consoude
À la floraison, la plante peut atteindre 1 à 1. 50 mètres de hauteur.

Reconnaitre les fruits de consoude

Le fruit de la consoude est formé de 4 petits akènes lisses et brillants contenus dans un réceptacle.

Reconnaitre les racines de consoude

Renflées en longs fuseaux, les racines sont noires à l’extérieur, mais blanches et mucilagineuses à l’intérieur. Elles sont longues et épaisses, pouvant mesurer selon la profondeur du sol, jusqu’à 2 mètres.

Longues racines
La consoude se plante généralement au printemps et en automne.

 

La culture de la consoude

C’est une plante très rustique et facile à cultiver. La consoude aime les expositions mi-ombragées et un sol riche, profond et humide, mais bien drainé. Arrosez en cas de sécheresse, mais évitez les excès d’eau stagnante. Attention, elle peut se propager rapidement et vite devenir envahissante, si on ne la contrôle pas.

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La consoude se multiplie par bouturage de racines ou par division de touffes au printemps ou à l’automne.

Elle a tendance à s’étaler très vite dans mon jardin, je l’utilise ainsi, comme engrais vert. Ses grandes feuilles me servent de paillage et donc, à couvrir mon sol. Aussi, couper ses feuilles stimule la repousse. Sa richesse en azote, phosphore et potassium fertilise la terre et la croissance des plantes.

 

Recette du purin de consoude 

Le purin de consoude favorise le bon développement des semis et améliore la multiplication cellulaire. C’est un fertilisant naturel qui apporte de nombreux oligo-éléments et minéraux aux végétaux.

Commencez par récolter 1 kg de plante entière (feuilles, tige et fleurs). Puis, hachez les différentes parties grossièrement. Déposez l’ensemble au fond d’un grand contenant en plastique. Évitez les bacs en métal ! Versez 10 litres d’eau (de pluie, de puits, etc.) par-dessus les plantes hachées. Ensuite, laissez macérer pendant quelques jours, à l’ombre et sans fermer hermétiquement. Remuez de temps en temps. Lorsque les bulles disparaissent à la surface, la fermentation est enfin terminée ! Il ne vous reste plus qu’à filtrer. Pensez à le diluer à 10 % avant de l’utiliser, c’est-à-dire 1 litre de purin pour 10 litres d’eau.

Utilisez-le au pied de vos plants de légumes, notamment les tomates. Recommencez l’arrosage au purin toutes les semaines ou tous les 15 jours.

Purin de consoude
Fertilisant naturel, le purin de consoude est destiné généralement aux jeunes fruitiers, aux fleurs et aux plants.

Quelles parties de la consoude sont utilisées en phytothérapie ?

Les racines et les feuilles sont utilisables, notamment en usage externe. Récoltez la racine en automne et les feuilles au printemps ou en été.

 

Les principes actifs majeurs

En phytothérapie, l’usage externe est recommandé, à cause de la forte présence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques dans la plante.

  • Les alcaloïdes pyrrolizidiniques (principalement dans la racine, de 0.2 à 0.4 %) sont toxiques pour le foie, en usage interne prolongé. Réservée uniquement à un usage externe ;
  • L’allantoïne 6 % à 0.8 % (la racine en contient 2 fois plus que les feuilles). Ainsi, ces molécules favorisent la régénération cellulaire et la cicatrisation ;
  • Les mucilages 30 % : constitué principalement d’inuline et d’amidon ;
  • Les tanins 4 % à 6 %;
  • Les acides phénoliques : acide chlorogénique, salicylique, caféique et rosmarinique.
  • Les triterpènes : isobauérénol ;
  • Les saponosides mono et bidesmosidiques ;
  • Les stérols ;
  • Les acides aminés : asparagine (1 à 3 %) et choline.
Racines sèches
Faites sécher les racines à l’abri à l’ombre, à température ambiante et dans un lieu sec et aéré.

► La consoude de Russie (symphytum uplandicum) a des teneurs supérieures en alcaloïdes pyrrolizidiniques que la consoude officinale.

 

Quels sont les bienfaits de la consoude ?

En usage externe, la consoude est anti-inflammatoire et analgésique :

  • Apaise les douleurs articulaires, musculaires, les hématomes et les phlébites.
  • Soulage les contusions, foulures, fractures, lésions osseuses, contractures, entorses, tendinites, l’arthrose, l’arthrite, mais aussi la goutte.

Très utilisée pour ses actions sur les os, le cartilage, les ligaments et également les tendons (1).

Toujours en usage externe, elle est également cicatrisante, astringente, adoucissante et hydratante :

  • Accélère la cicatrisation des plaies et des brûlures superficielles, des crevasses, prurit, gerçures, fissures anales, écorchures, piqûres d’insectes, psoriasis, furoncle et acné.
  • Réduit les inflammations buccales, parondontoses, pharyngites, angines et toux sèche.
  • Stimule la régénération des tissus.
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Ses différentes formes galéniques en usage externe

En raison de risques toxicologiques liés à la présence d’alcaloïdes, la racine de consoude est déconseillée par voie orale. L’usage des feuilles doit, quant à elle, rester limité.

Privilégiez l’usage externe ! Les alcaloïdes ne pénètrent presque pas la peau. Même si une très petite quantité peut y arriver sur une peau abîmée. Mais elle est minime face à une consommation interne. Au contraire, les muqueuses présentent plus de risques d’absorption.

  • Utilisez la décoction de racines sèches, en gargarisme, bain de bouche ou en compresses.

Décoction concentrée de racines sèches : 100 à 150 g de racines pour un litre d’eau (soit 3 à 4 grosses poignées). Puis, faites bouillir 15 minutes et laissez macérer toute une nuit (Dr Valnet).

Décoction concentrée
La décoction de consoude est utilisée en application externe : compresse, gargarisme, mais aussi bain de bouche.
  • Le cataplasme de racines fraîches, râpées, puis écrasées est efficace sur les brûlures, crevasses, gerçures des seins, piqûres d’insectes, etc.

Pas de racines de consoude ? Utilisez des feuilles fraîches ! Écrasez-les avec un pilon et un peu d’eau chaude (pas bouillante), pour en faire une pâte. Puis, appliquez localement !

► La racine en poudre est aussi très facile à utiliser ! Ajoutez un peu d’eau chaude à votre poudre. Puis déposez cette pâte, directement sur la peau.

  • La teinture : 10 à 20 gouttes, 3 fois par jour et diluées dans un peu d’eau (Dr Valnet).
  • La dilution homéopathique.

Macérat huileux et onguent de consoude

Le macérat huileux est une préparation médicinale très utilisée en phytothérapie. Vous pouvez réaliser un macérat de feuilles sèches ou de racines sèches de consoude. Ainsi, les deux parties peuvent être employées. Tout d’abord, broyez la racine ou hachez finement les feuilles. Déposez au fond d’un bocal. Puis ajoutez de l’huile d’olive. Ensuite, laissez macérer pendant 4 à 6 semaines. Enfin, filtrez et transvasez dans une petite bouteille. Utilisez en massage local.

L’huile d’olive est l’huile végétale la plus utilisée comme base, dans les macérats huileux. Mais ce n’est pas la seule !

Macérat huileux de consoude
Le macérat huileux de consoude peut se réaliser avec les feuilles sèches, mais aussi avec les racines sèches.

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  • L’onguent de consoude

L’onguent est une forme plus concentrée. Le macérat huileux réalisé est épaissi avec de la cire d’abeille, afin de donner une texture de baume solide. Très pratique à appliquer et à transporter !

 

La consoude en cuisine

La plante est comestible, mais doit être consommée occasionnellement et modérément (en raison des alcaloïdes).

Les feuilles ont une saveur iodée. Hachez les jeunes feuilles en salade ou faites-les cuire comme des épinards, en beignets, en gratin et également en soupe.

 

Contre-indications de la consoude

Des mesures restrictives ont été prises dans de nombreux pays. Ainsi, en France et en Allemagne, seul son usage externe est utilisé (voie locale ou dilution homéopathique). Les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont potentiellement hépatotoxiques, cancérogènes et mutagènes, notamment à fortes doses et en usage prolongé.

  • Déconseillé chez les femmes enceintes, allaitantes, les jeunes enfants, mais aussi les personnes atteintes de maladies hépatiques.
  • Évitez de l’appliquer sur une plaie profonde ou saignante.
Un baume ou onguent de consoude se réalise très facilement !

 

En conclusion

La consoude est une plante remarquable, à la fois rustique au jardin et puissante en phytothérapie. Son usage externe, notamment en macérat huileux et en onguent, offre une palette de soins naturels adaptés à de nombreux problèmes du quotidien. Une essentielle à avoir dans votre pharmacie naturelle !

Avez-vous déjà utilisé un macérat huileux ou un onguent de consoude ? Dites-moi tout en commentaire !

🚨 Cet article n’a pas pour but de remplacer un avis médical ! En cas de doute sur votre santé ou de symptômes persistants, consultez un professionnel de santé.

 

Références

(1) Rachael Frost, Susan O’Meara, Hugh MacPherson – « L’usage externe de la consoude : une enquête auprès des praticiens» – Complement Ther Clinical Pract – Novembre 2014 ; 20 (4) : 347 – 55

  • Christiane Staiger – « Consoude : aperçu clinique» – Phytotherapy Res – Octobre 2012 ; 26 (10) : 1441 – 8
  • « Consoude » – Claudine Luu et Annie Fournier – 300 plantes médicinales de France et d’ailleurs – Éditions Terre vivante, 2020
  • « Consoude » – Dr Jean Valnet – La phytothérapie, se soigner par les plantes – Éditions Vigot, 2001
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