Le chiendent, souvent considéré comme une simple mauvaise herbe, recèle pourtant de nombreux bienfaits insoupçonnés pour votre santé. Cette plante vivace et envahissante est présente dans de nombreux jardins et prairies. En phytothérapie, le chiendent se distingue par ses propriétés dépuratives, diurétiques et apaisantes. Mais que savez-vous réellement de cette plante discrète et tenace ? Préparez-vous à changer de regard sur le chiendent ! Découvrez sa botanique, ses principes actifs, ses multiples bienfaits pour l’organisme et des conseils pratiques pour l’utiliser au quotidien.

Histoire du chiendent
Le chiendent, connu depuis l’Antiquité, a toujours eu une double réputation : celle d’une mauvaise herbe envahissante, mais aussi d’un remède naturel précieux.
Les Grecs et les Romains utilisaient ses rhizomes pour leurs vertus diurétiques, dépuratives et apaisantes. Selon le médecin grec Dioscoride, la racine broyée et en cataplasme consolide les plaies. Il l’utilisait également pour dissoudre les calculs urinaires et guérir les inflammations de la vessie.
Le « durva » ou chiendent est considéré par la médecine ayurvédique indienne, comme une plante hémostatique, diurétique, dépurative et astringente avec un goût sucré, qui « rafraîchit » le corps quand il a le « feu », c’est à dire quand il a de la fièvre.
Au Moyen Âge, il était intégré à la médecine populaire et parfois consommé comme aliment de secours en période de disette.
Cependant, il a aussi marqué l’histoire agricole comme un fléau pour les cultures, en raison de sa capacité à proliférer rapidement. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec l’essor des sciences, que ses propriétés médicinales ont été scientifiquement reconnues. Ainsi, réhabilité grâce à la phytothérapie, il est apprécié pour ses bienfaits sur les reins, le foie et la digestion, tout en étant reconnu pour son rôle écologique dans la stabilisation des sols. Résilient et utile, le chiendent illustre la richesse souvent méconnue de la nature.
Un peu de botanique…
Son nom scientifique est « Agropyrum repens » ou « Elymus repens ».
Il appartient à la famille des Poacées.
Le chiendent peut se nommer aussi : chiendent officinal, blé rampant, petit chiendent, froment rampant, agropyre ou herbe à chien.
C’est une herbacée à tige dressée de 0. 40 à 1. 20 mètres. Elle est fortement vivace, grâce à ses rhizomes. Elle est également très commune, fréquente et difficile à arracher.
L’étymologie de son nom latin « agro » signifie « champ », « pyros » → blé et « repens » → rampant.
Le nom de la plante proviendrait du fait que les chiens la mâchent pour se purger (effet dépuratif).

Son genre comprend 600 espèces. Il existe également le gros chiendent (Cynodon dactylon). Ce dernier a les mêmes propriétés et les mêmes utilisations que le chiendent officinal. Ces deux chiendents comptent parmi les plantes les plus répandues au monde.
→ Pourquoi avez-vous du chiendent dans votre jardin ?
Il s’installe sur des sols fatigués, déstructurés ou qui ont un excès de nitrate ou de potasse. Ainsi, le chiendent a une action réparatrice et apaisante. Un peu comme les bienfaits qu’il apporte à notre corps 😉
Où pousse le chiendent ?
Il est très répandu dans tout l’hémisphère nord et jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Le chiendent est présent dans les jardins (au grand désespoir de nombreux jardiniers), mais aussi sur les terres incultes, les terrains abandonnés, les bords de chemin, les talus et les décombres.
Reconnaître les feuilles de chiendent ?
Les tiges sont fines et noueuses. Les feuilles sont étroites, plates et nervurées. Aussi, les limbes étroits sont caractérisés par la présence d’oreillettes et d’une courte ligule à la base. Enfin, l’extrémité de la feuille présente une zone pincée.

Reconnaître les fleurs de chiendent ?
Les fleurs sont discrètes, en épis dressés et aplatis, regroupées en unités compactes : les épillets. L’inflorescence de chiendent est une panicule d’épillets assez espacée et disposée sur 2 rangs de couleur vert clair. La floraison a lieu de juin à septembre.

Reconnaître les fruits de chiendent ?
Le fruit du chiendent est un caryopse, un akène de forme lancéolée et allongée. La paroi mince du fruit est soudée à la paroi de la graine. Elles sont extrêmement résistantes et peuvent même survivre, jusqu’à 4 ans dans le sol.
Reconnaître les racines de chiendent ?
Les rhizomes du chiendent sont de couleur crème-jaunâtre. Ils sont munis de nœuds et de radicelles, facilitant ainsi, sa propagation dans nos cultures. En ce qui concerne le gros chiendent, ses rhizomes sont 3 fois plus gros que le chiendent officinal.
Quelle(s) partie(s) du chiendent utiliser ?
Ce sont les rhizomes qui sont récoltés tout au long de l’année.
Comment faire sécher les rhizomes de chiendent ?
Le rhizome sec n’a pas d’odeur. Sa saveur est douce, terreuse, mais aussi légèrement sucrée.
Ramassez les rhizomes dans des zones sans pollutions, car le chiendent a la capacité d’absorber de nombreux nutriments et substances du sol.
Une fois déterrés, à l’aide d’une bêche, plongez-les dans un grand bac d’eau, afin d’éliminer toutes les traces de terre. Puis, épongez le surplus d’eau et coupez-les grossièrement à l’aide d’un ciseau.
Faites-les sécher à plat, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Choisissez donc, un lieu sec, à l’ombre, bien aéré et à température ambiante. Enfin, stockez-les dans un bocal hermétique ou dans des sacs en papier.

Les principes actifs majeurs
Les propriétés médicinales du chiendent sont possibles, grâce aux principaux constituants de la plante :
- Fructanes : triticine (3 à 8 %), polysaccharide apparenté à l’inuline, phléine ;
- Polyols : mannitol, inositol ;
- Polyine : agropyrène qui a une action bactériostatique sur certains germes pathogènes ;
- Mucilages (environ 10 %) ;
- Sels de potassium ;
- Saponines ;
- Lectines ;
- Composés phénoliques : acide vanillique, acide silicique et silicates, acide carboxylique phénolique ;
- Acides alcool : acide glycolique, acide malique, acide citrique ;
- Huiles essentielles (traces) : monoterpènes, sesquiterpènes, trans-anéthole ;
- Acides gras libres : acide palmitique ;
- 5-hydroxytrypophane (précurseur de la sérotonine).
Quels sont les bienfaits et les utilisations du chiendent ?
Le chiendent est surtout une plante nettoyante. Il est plébiscité particulièrement pour la sphère urinaire, mais pas que !
- Diurétique doux : aide à éliminer les excès d’eau, en cas de rétention par exemple ;
- Adoucissant, émollient, antiseptique et anti-inflammatoire des voies urinaires : utile si vous souffrez d’infections (1), d’irritations, mais aussi d’inflammation (cystite, urétrite, prostatite, petits calculs, vessie irritable, …) ;
- Dépuratif : les jeunes pousses de chiendent présente également cette vertu bénéfique (en jus dès le printemps pour une cure détox). Le chiendent favorise l’élimination des déchets et des toxines. Ainsi, c’est un excellent draineur en rhumatologie (goutte, arthrite, inflammations articulaires, rhumatisme, …), en dermatologie (eczéma, acné, …), et sur le foie (lithiase biliaire, …) ;
- Anti-inflammatoire de la sphère digestive : agit sur les coliques hépatiques, les spasmes, etc. ;
- Laxatif léger : grâce à sa richesse en mucilages ;
- Hypoglycémiant (2) : anti-diabétique ;
- Hypolipidémiant (3) : agit sur le métabolisme des lipides et entraîne également, une réduction pondérale.
- Anti-lithiasique (4) : prévient la formation de lithiases rénales.

Ses différentes formes galéniques
Le chiendent est riche en constituants solubles dans l’eau. Ainsi, la décoction est le plus souvent recommandée.
Par voie interne
- Décoction des rhizomes secs, en deux temps (selon le Dr Valnet) : 30 g de rhizome dans un litre d’eau bouillante. Faites bouillir 1 minute, puis jetez l’eau qui est amère. Écrasez les rhizomes de chiendent, afin de faciliter l’extraction des principes actifs. Ensuite, faites bouillir à nouveau dans 1200 g d’eau, jusqu’à réduction à 1 litre. Vous pouvez également ajouter 10 g de réglisse (déconseillé aux hypertendus). Laissez refroidir et filtrez. Buvez 2 à 3 tasses par jour.
► Si vous tolérez une légère amertume, pas besoin de réaliser la décoction en deux temps : une seule fois suffira, après avoir bien broyé les rhizomes de chiendent.
► Attention à son effet diurétique ! Arrêtez de consommer la décoction dès la fin de l’après-midi.
- Extrait aqueux : 4 à 5 g par jour.
- Teinture alcoolique : 30 à 60 gouttes, jusqu’à 5 fois par jour.
En application externe
- En compresse : apaise les inflammations cutanées, comme l’eczéma.
Les associations possibles avec le chiendent
Soigner une prostatite avec un mélange de rhizome de chiendent, de racine d’ortie (Urtica dioica), d’épilobe fleuri (Epilobium angustifolium), mais aussi de bulbe d’oignon (Allium cepa).
Assainir et nettoyer le système urinaire, en ajoutant la busserole (Arctostaphylos uva-ursi) ou encore le genièvre (Juniperus communis) qui augmente le volume des urines.
Soulager des articulations enflammées et douloureuses, en combinant le chiendent avec la reine-des-prés (Filipendula ulmaria), le curcuma (Curcuma longa) ou encore le gingembre (Zingiber officinale).

Le chiendent en cuisine
Les jeunes pousses de chiendent sont comestibles et peuvent donc, être consommées crues ou en jus vert à l’extracteur.
Les rhizomes frais sont également comestibles. Ils ont déjà été utilisés pendant les périodes de famine. C’est ainsi que, très riche en amidon, les racines ont été séchées et broyées, avant d’être mélangées au froment pour fabriquer du pain.
Sa petite quantité de sucre lui a aussi permis d’être utilisé dans la confection d’alcool et de bière.
Contre-indications
Déconseillé chez la femme enceinte, allaitante, mais aussi chez les jeunes enfants. Demandez l’avis de votre médecin en cas d’œdèmes causés par des maladies cardiaques ou rénales et si vous prenez des médicaments hypoglycémiants et diurétiques. Évitez-le également, en cas d’allergie aux poacées et aux graminées.
En conclusion
Longtemps relégué au rang de mauvaise herbe, le chiendent mérite pourtant une place de choix dans vos remèdes naturels. Grâce à ses propriétés diurétiques et anti-inflammatoires, cette plante modeste démontre qu’elle est bien plus qu’une simple envahisseuse de vos jardins. Redécouvrir le chiendent, c’est aussi renouer avec la richesse et les solutions simples qu’offre la nature.
Alors, pourquoi ne pas lui accorder une chance ? Prêt(e)s à sortir votre bêche pour confectionner votre nouvelle décoction ?
🚨 Cet article n’a pas pour but de remplacer un avis médical ! En cas de doute sur votre santé ou de symptômes persistants, consultez un professionnel de santé.
Références
https://www.wikiphyto.org/wiki/Chiendent_commun
(1) Shabnam Sarshar Beydokthi, Jandirk Sendker, Simone Brandt, Andréas Hensel – « Plantes médicinales traditionnellement utilisées contre les infections urinaires non-compliquées : Ester d’acide hexadécyl coumarique issu des rhizomes d’Agropyron repens (L.) P. Beauv. Avec une activité antiadhésive contre les E. coli uropathogènes » – Phytothérapie – Mars 2017 : 117 : 22 – 27
(2) Eddouks, M. Maghrani, JB Michel – « Effet hypoglycémiant de Triticum repens P. Beauv. Chez les rats normaux et diabétiques» – J. Ethnopharmacol – 14 novembre 2015 ; 102 (2) : 228 – 32
(3) M Maghrani, A Lemhadri, N-A Zeggwagh, M El Amraoui, M Haloui, H Jouad, M Eddouks – « Effets d’un extrait aqueux de Triticum repens sur le métabolisme lipidique chez des rats diabétiques normaux et d’apparition récente» – J Ethnopharmacol – Février 2004 ; 90 (2 – 3) : 331 – 7
(4) F Grases, M Ramis, A Costa-Bauzá, JG March – « Effet de Herniaria hirsuta et d’Agropyron repens sur le risque de lithiase urinaire à l’oxalate de calcium chez le rat» – J Ethnopharmacol -Mars 1995 ; 45 : 211 – 4
« Chiendent » – Gérard Debuigne et François Couplan – Le petit Larousse des plantes qui guérissent – Éditions Larousse, 2013
« Chiendent » – Dr Jean Valnet – La phytothérapie, se soigner par les plantes – Éditions Vigot, 2001

